Jessica BRUDEY, Fondatrice de Foodîles


1/ Présentez-nous votre magazine.

Afin de mettre en lumière les acteurs du monde culinaire de la Guadeloupe, et plus largement de la Caraïbe, j’ai eu l’idée de créer un magazine en version papier et web en 2018. Mon objectif était de compléter tous les supports que j’ai mis en place pour communiquer sur la gastronomie, partager des bonnes adresses et valoriser nos talents culinaires. Je souhaitais offrir à mes 25 000 abonnés sur les réseaux sociaux des contenus informatifs, complémentaires des conseils délivrés depuis des années.

De plus, comme je suis une littéraire, j'aime beaucoup les beaux magazines, avec de jolies photos et un papier de qualité. J'étais frustrée de ne voir nos réalisations que sur un écran, le virtuel ne durant que le temps de la connexion. Je voulais figer les choses et toucher un autre public aussi : les seniors, habituellement moins férus de technologies, mais aussi de manière générale les personnes peu adeptes des réseaux sociaux.

J’ai alors sollicité Mylène Colmar, journaliste et consultante éditoriale, qui a immédiatement accepté de travailler sur ce support ambitieux, qui évoque les restaurateurs, les chefs, mais aussi les agriculteurs, agro-transformateurs et tous ceux qui gravitent dans l’univers #food caribéen. Mylène Colmar se charge de l’encadrement de la rédaction, tandis que je me charge de la partie commerciale, de la distribution et des partenaires. Notre équipe comprend une quinzaine de personnes, qui ont à cœur que chaque numéro soit exceptionnel. Je tiens à souligner que Foodîles est un magazine 100% local, imprimé à 10 000 exemplaires en Guadeloupe et distribué par des partenaires aux 4 coins de l’archipel.

Nous avons tenu à ce que notre magazine soit gratuit, le magazine étant financé par les encarts vendus. Nous avons constitué un club d’annonceurs fort qui nous font confiance et que je remercie.


2/ Comment résistez-vous à la crise sanitaire actuelle ?

Au niveau professionnel, la période de confinement a été très compliquée pour nous. Nous n’avons pas pu sortir le numéro de mars 2020 pour des raisons de distribution. Nous l’avons reporté et retravaillé le contenu pour le sortir en juillet. Cela a constitué un important manque à gagner pour nous. Nous tenons à payer tout le monde au juste prix, car nous avons tous des familles, des factures à honorer. Nous sommes aussi exigeants, car pour nous la qualité prime.

Nous avons eu la chance en Guadeloupe de n'avoir subi qu'un seul confinement à ce jour. Les restaurants sont ouverts et leurs propriétaires nous font confiance. C’est grâce à eux, mais aussi aux autres entreprises et institutions, que nous arrivons à boucler chaque numéro.

Depuis le confinement, il y a une explosion en terme de créativité culinaire, de projets en agro-transformation, si bien que nous avons une foule de sujets à traiter dans notre magazine !

Sur le plan personnel, nous nous sommes adaptés comme tout le monde ! Nous faisons du sport en famille, nous avons arrêté de vivre dans l'urgence, nous prenons du temps pour nous. J’habite au Gosier, pas trop loin du marché du vendredi soir. J’essaie d'y aller chaque semaine et de garder nos habitudes de sortie familiale.

3/ Que mettez-vous en place pour les restaurateurs de la Guadeloupe pendant cette crise ?

Avec Foodîles, nous sensibilisons nos restaurateurs sur l’importance de passer au digital. Tous ne comprenaient pas l'intérêt d'être sur les réseaux sociaux. Nous les accompagnons en la matière, en réalisant des vidéos sur ce qu'ils font. Nous passons en cuisine avec eux mais nous sommes aussi avec eux lors de leurs sorties au marché pour montrer que leurs produits sont frais et de qualité. Nous créons ainsi l’indispensable storytelling pour valoriser leur savoir-faire, leurs investissements. Les consommateurs aujourd'hui sont de plus en plus avertis, veulent voir et savoir ce qu'ils mangent. C'est pour cela que nous mettons en avant les labels Natirel Péyi et ceux de l'IREPS et les JAFA pour la traçabilité des produits de la pêche et de la terre.

4/ Quel est votre regard sur la gastronomie de la Guadeloupe ?

Il y a une vraie gastronomie antillaise, même s'il y a une particularité guadeloupéenne avec le bokit, par exemple. Nos épices, nos rimèd razyé, donnent un goût incroyable à la cuisine. Un chef japonais de passage a été subjugué par nos productions. Il est reparti avec des maracudjas, des cabosses, des cocos, des piments végétariens, des exhausteurs de goût qui changent tout !


Je suis très très fière des Guadeloupéens Jimmy Bibrac et de Fabienne Youyoutte ! Ça me donne des frissons de parler d'eux… Fabienne est d'une telle humilité, mais elle irradie tellement pour la Guadeloupe qu'il y a de quoi être fière. Quant à Jimmy Bibrac, il est en déplacement en Martinique avec Nathanaël Ducteil, qui est un chef émérite de cette île. J’ai hâte de découvrir les mets réalisés à 4 mains.

Nos chefs de Guadeloupe sont nombreux et ouvrent la voie à nos jeunes qui sont aujourd'hui férus de cuisine grâce à des émissions comme Top Chef, Tous en cuisine, Le meilleur pâtissier et bien d'autres. La médiatisation de ces métiers sur les grandes chaînes nationales a permis de porter un nouveau regard sur eux. Ils ne sont plus considérés comme des voies de garage mais, tout au contraire, être restaurateur ou pâtissier, c'est chic !


5/ Quels sont vos projets professionnels pour les prochains mois ?


Nous continuons nos ateliers et je tiens à préciser qu'ils s'adressent à tout le monde ! C'est très important pour moi de transmettre et d'apprendre à cuisiner nos produits locaux autrement. Par exemple, un crumble coco-giraumon ou un velouté de giraumon à la vanille. Nous travaillons avec des chefs locaux et nos ateliers sont généralement complets.

Il y a une vraie mutation dans la cuisine guadeloupéenne, si bien que, dans nos ateliers, il n'y a pas une double portion de viande, mais il y a tout ce dont le corps a besoin. C'est un voyage de saveurs que nous souhaitons faire partager. Et puis, nous nouons des partenariats avec des restaurateurs d'autres horizons. Dernièrement, nous avons réalisé un rouleau de printemps avec du giraumon et un bobun avec de la papaye. Nous souhaitons vraiment ouvrir notre gastronomie à d'autres univers.

Enfin, le dernier grand projet qui nous tient à cœur : le lancement de notre grande plateforme très bientôt.


6/ Comment envisagez-vous l’avenir ?

Très positivement ! Le numéro 7 de Foodîles sort bientôt, avec de beaux contenus, notamment des clins d'œil à la Dominique et Toronto. Cependant, je ne vous en dis pas plus. A vous de les découvrir !


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