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Décarbonation du transport aérien : 5 mesures palliatives en attendant l’effectivité des avions moins polluants sur nos destinations

Le trafic aérien affiche une croissance soutenue. 2024 signe l’année de la reprise totale du

trafic d’avant COVID en dépassant de 100,6% son niveau d’avril 2019 (source Ministère de

l’écologie, mai 2024). En matière de perspective, les compagnies estiment que le trafic

devrait tripler d’ici 2050…



Cette évolution rapide du transport aérien pose un défi significatif en termes de durabilité environnementale. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues des vols commerciaux contribuent de manière importante au réchauffement climatique. Face à cette situation, des mouvements sociaux comme le "flygskam", un terme suédois signifiant "honte de prendre l'avion", émergent pour encourager des comportements écologiques radicaux en appelant ses partisans à ne plus prendre l’avion. Dans l’hexagone, Jean-Marc Jancovici, Président Fondateur du think tank « The Shift Project » appelle à un sursaut sociétal en proposant de limiter à 4 vols nos déplacements aériens pour toute notre vie. De nombreux jeunes ont fait leurs ce précepte et optent davantage pour des modes de déplacements alternatifs à l’avion. Cette pression sociale pousse les compagnies aériennes à améliorer leur image écologique et à investir dans des solutions durables.


Pourtant, la Cour des comptes européenne, dans un rapport rendu public en décembre dernier, s’inquiète des lenteurs des progrès sur les biocarburants dans l'UE malgré les 430 millions d’euros alloués à la recherche sur le sujet entre 2014 et 2020. "Les biocarburants sont engagés sur une voie imprécise et semée d’embûches" précise-t-elle…

Airbus envisage lancer ses premiers avions à hydrogène dès 2035 mais uniquement sur ses vols courts courriers. L’industrie aéronautique n’envisage pas cette solution verte sur les vols long-courriers avant 2050 pour des raisons de complexité de mise en œuvre.


Face à une telle dichotomie entre croissance effrénée du transport aérien et prise de conscience environnementale, quelles mesures palliatives les territoires d’outre-mer pourraient-ils mettre en place alors même qu’ils dépendent quasi exclusivement du transport aérien ?

Nous avons listé 5 mesures incitatives qui pourraient être déployées immédiatement sur nos différents territoires ultramarins :


1/ Communiquer sur les mesures mises en place par les compagnies aériennes qui desservent nos territoires ultramarins

Selon les estimations internationales, l’aviation représente environ 3 % des émissions mondiales. Par comparaison aux autres modes de transport, l’aviation a une empreinte relativement faible en termes d’infrastructure, mais « comparaison n’est pas raison », le transport aérien pollue.

La facture du carburant est un poste de dépense très important pour les compagnies aériennes (20 à 40% du coût opérationnel selon le modèle de compagnie). Elles sont donc naturellement poussées à minimiser leur consommation de carburant. Ainsi, avec les nouvelles générations d’avions et les optimisations opérationnelles (éco-pilotage, limitation du poids embarqué), la consommation ramenée au passager/kilomètre a été divisée par plus de 2 entre 1990 et 2019, et par conséquent les émissions en intensité également. La quasi-totalité des compagnies aériennes qui dessert les territoires ultramarins a rénové sa flotte. A titre d’illustration, les Airbus A350 utilisés par Air Caraïbes - French Bee et Corsair consomment moins de carburant par passager grâce à des matériaux plus légers et des moteurs plus efficaces. De plus, la navigation aérienne plus précise permet des trajectoires de vol optimisées, réduisant ainsi la consommation de carburant. Autant de mesures opérationnelles prises par les transporteurs aériens qui desservent les territoires ultramarins et qui sont encore trop méconnues des passagers.


2/ Accompagner les entreprises du secteur qui s’engagent dans des mesures de compensation

Les efforts de décarbonation de l’industrie du transport aérien sont réels et la possibilité de voler de façon responsable s’améliore d’année en année. De plus, le transport aérien reste un élément économique essentiel à la prospérité de nos territoires.

Les compagnies aériennes comme plusieurs Tours Opérateurs et Agences de voyage proposent la décarbonation totale de leurs offres par des mesures de reboisement dans de nombreux pays notamment d’Afrique. Les associations du tourisme telles que ATR ou ATD proposent divers outils de mesure de compensation carbone, des séances de formation et de sensibilisation à une consommation plus vertueuse.

Les Comités de Tourisme des Outre-mer pourraient davantage promouvoir ces acteurs et envisager une collaboration plus étroite avec eux pour valoriser leurs actions, appliquer les outils de mesure de consommation carbone d’un séjour touristique et valoriser les labels et chartes environnementales présentes sur leur territoire (notamment le label UNESCO, la marque Parc National, les chartes environnementales diverses). Parallèlement, il conviendrait de « donner plus de sens » aux voyages long courrier avec davantage de rencontres humaines, culturelles, d’échanges avec les populations, leurs usages et habitudes…

Cette promotion des actions engagées localement par les acteurs permettra de rester attractifs auprès des clientèles soucieuses de donner davantage de valeur ajoutée à leur séjour.


3/ Encourager les séjours plus longs

Au regard de leur éloignement des principaux marchés émetteurs, les territoires ultramarins peuvent proposer des incitations pour des séjours prolongés, comme des réductions sur les séjours de plusieurs semaines ou des offres spéciales pour les travailleurs en télétravail cherchant un cadre tropical et inspirant.

Plusieurs acteurs locaux proposent déjà des offres durables sur la durée pour vivre des expériences plus immersives avec les populations locales au travers d’activités culturelles et naturelles uniques, encourageant à une exploration approfondie de la destination.

Des forfaits « éco-Responsables » comprenant des transports, hébergements et activités écologiques que proposent déjà les acteurs locaux pourraient être davantage promues par les Organismes de Gestion des Destinations (Offices et Comités de tourisme).

Toutes ces offres devraient être davantage plébiscitées à travers des campagnes de sensibilisation adaptées utilisant les réseaux sociaux et les médias locaux pour sensibiliser à l'impact environnemental positif des séjours prolongés, pour une meilleure immersion dans la culture et la biodiversité locale.


4/ Proposer ses propres mesures locales de compensation carbone

Les territoires ultramarins sont exempts du Système d’Echange de Quotas d’Emission (SEQE). Compte tenu de leur forte dépendance à l’égard des liaisons aériennes, tous les vols entre les régions ultrapériphériques et l’Espace économique européen ne sont pas soumis à la compensation carbone. Cette mesure d’exemption adoptée par la Commission européenne vaut jusqu’en 2030.

Cependant, il conviendrait dès maintenant d’anticiper la fin de cette dérogation et pourquoi pas, en proposant des mesures locales de compensation.

En effet, pourquoi mettre en place des actions de compensation dans des territoires très éloignés alors même que les territoires ultramarins ont aussi des enjeux environnementaux à relever tels que le reboisement des mangroves, le blanchiment des coraux, l’érosion des sols, les conséquences de la montée du niveau de la mer sur le littoral…

Les consommateurs ont également un rôle à jouer.

Pour atténuer l'impact des vols, les territoires ultramarins peuvent encourager les voyageurs à compenser leurs émissions de CO2 sur leur territoire de destination. D’ailleurs, un nombre croissant de visiteurs souhaitent contribuer directement à des actions environnementales de reforestation de mangroves ou forêts, de sauvegarde du patrimoine local des destinations visitées. Ces pratiques nouvelles pourraient être directement intégrées dans les forfaits de voyage des programmes de compensation carbone.


5/ Mettre en place de nouvelles filières de décarbonation

Dans sa communication du 03 mai 2022, la Commission européenne encourage les RUP (Régions ultrapériphériques dont font partie les cinq Départements d’Outre-mer) à actualiser « leurs stratégies de spécialisation intelligente afin de promouvoir l’innovation dans les secteurs les plus prometteurs ». La bioéconomie et les industries créatives en font partie.

Pour atténuer la dépendance économique au transport aérien, les territoires d’Outre-mer peuvent davantage diversifier leurs économies. En développant des secteurs comme l'agriculture durable et alimentaire, les énergies renouvelables et les technologies de l'information, ces territoires peuvent créer de nouvelles opportunités économiques moins dépendantes des marchés extérieurs.

Mais aussi, nous pourrions imaginer que les territoires d’Outre-mer jouent un rôle pionnier dans l'adoption du SAF grâce à plusieurs initiatives et stratégies. Nos territoires disposent de ressources naturelles et de biomasse qui peuvent être utilisées pour la production de carburant d’aviation durable appelé « SAF » par exemple en transformant les productions de :

  • Biomasse Agricole : La canne à sucre et d'autres cultures locales peuvent être transformées en bioéthanol, qui peut ensuite être converti en SAF,

  • Déchets Agricoles et Forestiers : Les résidus de cultures et les déchets forestiers peuvent être valorisés pour la production de SAF, réduisant ainsi les déchets et créant une source d'énergie renouvelable,

  • Huiles Usagées: Les huiles de cuisson usagées peuvent être converties en SAF par des systèmes industriels éprouvés et certifiés par les opérateurs.

Des subventions et incitations fiscales viendraient accompagner les opérateurs qui s’engagent dans la création de nouvelles filières plus vertueuses. Ainsi, les compagnies aériennes court courrier et maritimes locales qui utilisent ces SAF pourraient bénéficier d’exemptions fiscales incitatives.



 

Ainsi, les Outre-mer peuvent rester attractifs sur le marché du transport aérien en adoptant une approche proactive et innovante face aux défis environnementaux qu’ils doivent relever. En promouvant le tourisme durable, en valorisant les actions mises en place par les opérateurs économiques et en diversifiant leurs économies, ces territoires peuvent non seulement réduire leur empreinte carbone mais aussi se positionner comme des leaders en matière de durabilité.

Dans sa communication en 2022, la Commission européenne invite les Régions ultrapériphériques à faire preuve d’audace et s’est dite prête à les accompagner dans leurs procédés collaboratifs visant à la transformation de leurs écosystèmes.


Dans chaque territoire ultra marin, il existe des vraies compétences humaines dotées de savoir-faire et d’audace qui n’attendent qu’à émerger. Accompagnons-les !


Caroline ROMNEY

Cabinet AIGUILLAGE

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