Gaston Browne, Premier ministre Antigue/Barbude



Dans un entretien diffusé en direct, le journaliste vedette de CNN, Richard Quest, interroge Gaston Browne, le Premier ministre d’Antigue, sur l’impact de la crise de la Covid-19 sur son pays et, au-delà, sur la région Caraïbe.

Richard Quest évoque d’abord la notion de « bulle touristique », c’est-à-dire la mise en place d’une circulation de populations en circuit fermé dans une zone donnée en n’intégrant qu’un petit nombre d’Etats partenaires. C’est ce qui a été fait entre pays de la Caraïbe dont la situation et la politique sanitaire étaient comparables.


PM d’Antigue : « l’idée, c’est que les voyageurs en provenance de pays partenaires, principalement les Etats-Unis et l'Angleterre, doivent subir un test Covid avant de venir ici à Antigua et Barbuda. Ils doivent aussi porter un masque et se soumettre à d’autres procédures, telles qu’elles sont édictées par nos responsables sanitaires. En revanche, ils sont dispensés de quarantaine. »


Mais rapidement la conversation s’oriente vers les conséquences économiques et financières de la crise sanitaire. Le journaliste de CNN mentionne la déroute de l’industrie touristique et l’explosion du chômage dans la région. Le Premier ministre antiguais n’hésite pas alors à se prononcer pour la mise en place d’un véritable ‘Plan Marshal’, sous l’égide des Etats-Unis, afin d’arracher la Caraïbe au marasme engendré par la pandémie. Ce qui frappe l’auditeur, c’est que Gaston Browne fasse obligation aux Etats-Unis de venir en aide aux pays de la Caraïbe dans la crise actuelle et ce, aux seuls motifs de la puissance et de la proximité géographique du mastodonte nord-américain.

PM : « Vous savez, l’idéal serait la mise en œuvre d’un véritable plan Marshal, semblable à celui qui fut proposé à l’Europe à l’époque pour relancer les économies de la zone. Vous le savez, le recours à l’emprunt n’est pas une solution pérenne. En fait, la plupart des pays de la Caraïbe sont déjà très lourdement endettés, leurs ratios dette publique/PIB sont très élevés et, en un sens, ils ont besoin de subventions, ils ont besoin d'annulations de dettes et également de mesures visant à renforcer leurs capacités dans certains domaines essentiels afin de sauvegarder leurs entreprises. »


Richard Quest ne manque pas de lui rappeler que les Etats-Unis, eux-mêmes, connaissent des soubresauts économiques violents sous l’effet de la pandémie, mais le premier Ministre antiguais ne se laisse pas démonter par le vieux routier des interviews de chefs d’Etat, et précise :


PM : « Vous savez, les pays de la région caraïbe ont sollicité les institutions financières internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale, et ces dernières ne sont pas restées insensibles à nos problématiques mais, en même temps, si l’objectif visé, c’est une reprise durable, je ne pense pas qu'elles aient mis sur la table les instruments financiers adéquats; néanmoins, je pense que les États-Unis, en tant que pays le plus riche de la planète et, certainement, vous le savez, en tant que notre grand voisin du nord, sont eux aussi dans l'obligation de nous aider à créer les conditions d’une reprise rapide et durable dans la Caraïbe. »


Le journaliste s’interdit de vouloir jouer les experts et reste évasif sur l’opportunité d’un plan Marshal en faveur de la Caraïbe, laissant entendre, notamment, que la meilleure solution ne serait pas de recourir à encore plus de dettes, ce à quoi Gaston Browne répond qu'il existe « des instruments financiers sur mesure qui permettent d’étaler le remboursement d’une dette sur des périodes plus longues, peut-être sur trente ans et à un taux d'intérêt très bas .» Il précise que « Cette crise sanitaire, qui, dans notre région, a décimé des vies et des moyens de subsistance, exige que l’on mette en place des instruments financiers plus spécifiques et plus responsables.»


L’entretien se termine sur l’espoir d’une nouvelle interview l’année prochaine dans un contexte assaini.

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